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 It's a beautiful day ♦ Ft Henry la victime
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Sujet: It's a beautiful day ♦ Ft Henry la victime    - Lun 7 Mai - 17:19
It's a beautiful day
Henry & Jayden





Quelque chose me tire brusquement d'un sommeil de plomb. Un truc mélodieux et trop bref pour que j'aie le temps de comprendre d'où ça vient. Putain d'merde, j'y crois pas, qui est le con qui a allumé la lumière ?

J'émerge difficilement ; j'ai la bouche pâteuse et la tête dans le cul. Quelque chose se renverse sur mon ventre alors que je bouge mollement du fin fond de mon lit. J'avise le bol de lait aux frosties qui est resté en équilibre parfait sur mes abdominaux - non moins parfaits – toute la nuit durant. Oups. Mon regard croise celui du radio-réveil sur la table de nuit.

Je comprends soudain pourquoi ma chambre est aussi lumineuse. Il fait jour. En fait, il est seize heures et je suis clairement en train de me demander ce que je fous réveillé. Sérieux ? C'est le week-end bordel. Je jure un tas de trucs pas très catholiques, repousse l'ordinateur sur lequel je me suis endormi comme une merde hier soir – ou très tôt ce matin, j'en sais foutrement rien – et me lève en enfournant d'office une cuillère de céréales entre mes lèvres.

Mes pieds nus me guident à travers le loft telle une âme en peine. L'une de mes mains vient gratter mes cheveux blonds complètement décoiffés alors que j'arrive dans la cuisine. J'abandonne mon bol à moitié fini sur l’îlot central et force sur mes souvenirs pour me remémorer où j'ai bien pu foutre mon putain de téléphone. C'est fou, je galère comme un con. Et sans gueule de bois.

Mon attention se pose un peu par hasard sur l'un des nombreux post-its que Henry a accroché partout dans la pièce. C'est toujours la même histoire avec ce taré maniaque. Dès qu'il repart trois jours chez ses parents, c'est plus fort que lui, il se sent obligé de tartiner la porte du frigo d'instructions tous aussi inutiles les uns que les autres. Et alors qu'il s'injecte des essences de plantes bio dans les veines avec sa famille tout aussi allumée que lui, moi j'me retrouve en rencart avec « Pense à sortir les poubelles » ou encore « NE TOUCHE PAS A MA BIBLITOHEQUE ». Cette fois, je tombe sur « N'oublie pas de relever le courrier ». Wow ! Sacré challenge ! Je n'étais encore jamais tombé sur celui-là.

Je balance mon bol et les céréales dans l'évier pourtant déjà plein. Mais avec ma veine, il reste encore un peu de place à côté de la casserole calcinée - celle qui a refusé de me faire cuire un steack la veille. Je m'étire paresseusement et passe en revue la pièce de vie entourée de baies vitrées. La lumière du jour se déverse à grands flots à l'intérieur du loft. C'est frais et agréable malgré les cartons de pizzas imbibés de gras et les canettes de soda coincées entre les coussins du canapé. Un soupir satisfait étire enfin mes joues mal rasée ; il me reste suffisamment de temps pour ranger tout ça avant que ce rabat-joie d'Henry ramène ses fesses par ici.

En attendant j'attrape un t-shirt plus très frais qui traîne sur la table basse et l'enfile sans trop me poser de questions. Par contre, c'est con, mais impossible de retrouver mon jogging préféré. Tant pis, je resterai en caleçon. Les voisins n'auront qu'à cacher leurs petits yeux prudes et innocents.

Je trouve un paquet de bonbons ouvert sur le meuble d'entrée. Ravi de redécouvrir ce que j'ai sûrement acheté bien trop cher dans l'épicerie du coin, je glisse une sucette contre ma langue pour faire passer le goût âpre et un peu dégueulasse qui me vrille les papilles. Ouais, il était vraiment pas bon ce steack hier soir … Je dévale rapidement la petite allée devant la maison et ouvre la boîte-aux-lettres sans chercher à vérifier si Mamie Thérèse qui habite en face me reluque le cul. Une liasse de publicité s'y trouve, accompagnée d'une austère enveloppe blanche et d'un petit paquet en carton. Ruminant mes sucreries, je balance les prospectus dans la haie du voisin et retourne rapidement à l'intérieur avec mon dû.

Le colis cartonné contient probablement le nouveau jeu vidéo commandé sur internet par mon colocataire. Mon instinct se met alors à hurler aux quatre coins de mon crâne ; j'ai tout intérêt à laisser ça sur la table basse sans y toucher. Il risque encore de me chier une pendule sinon.

En revanche l'autre courrier retient plus sévèrement mon attention. Je l'ouvre sans attendre et lis rapidement le contenu de la lettre. Ah. C'est une réclamation pour retard dans la déclaration d'impôt. On dirait une mise en demeure, ou un truc dans le genre. En tout cas ils ont vraiment l'air menaçant les gars. J'avais oublié de donner les précédents courriers à Henry, ça me revient maintenant.

Je grimace avec la sucette coincée dans la bouche. Peut-être que si je glisse ça sous son bureau, mine de rien avant son retour, il ne remarquera rien. Il la retrouvera comme par miracle et pensera que c'est lui qui a oublié de s'occuper de cette merde. Ouais c'est pas trop stupide comme idée.

Tout en méditant sur la question, je retourne dans ma chambre et retrouve enfin mon smartphone perdu entre les draps défaits. J'attrape l'appareil tout en réalisant subitement que c'est sûrement lui qui m'a réveillé tout à l'heure. Deux messages s'affichent sur l'écran. Le nom de mon colocataire apparaît sous mes yeux à l'instant même où j'entends la porte d'entrée claquer.

Intrigué, je ressors de la pièce et découvre mon meilleur ami planté sur le tapis avec ses bagages. Je me fige à mon tour. Mon regard retourne du côté de mon cellulaire. Le premier message date de quatorze heures et m'informe que Henry rentrera plus tôt que prévu. L'autre date de seize heures, dans lequel il s'inquiète de mon manque de réponse.

Je relève la tête vers mon colocataire et retire ma sucette d'entre mes lèvres dans un « plop » délicieusement horripilant.

- Henry ! M'exclamé-je dans un large sourire non feint. Je ne t'attendais pas avant dix-neuf heures.

Je largue mon téléphone sur le premier meuble venu et m'approche pour lui tendre la lettre dans un haussement d'épaules.

- Mais c'est cool, je suis content de te voir ! Toi qui aimes les trucs sérieux et chiants à mourir, ça tombe vraiment bien. On a reçu la déclaration d'impôt !



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Sujet: Re: It's a beautiful day ♦ Ft Henry la victime    - Mar 12 Juin - 17:57
It's a beautiful day
ft Jay


« Oui maman, merci. J’appellerais grand-mère pour la remercier et je donnerais le gâteau à Jay. Il sera ravi. » Certainement, c’est le seul truc qui considère acceptable. J’évite de lui dire que ça contient des ingrédients bio, ça a l’air suffisamment gras pour lui donner envie de le manger. J’étreins une dernière fois ma mère avant de rejoindre le bus qui est supposé me ramener en centre-ville, loin des exploitations familiales. J’en ai pour au moins deux heures de trajet avec tous les arrêts qu’il fait ce bus, heureusement que j’ai emmené de quoi lire. Je sors mon téléphone pour envoyer un texto à Jay. Finalement, je rentre plus tôt que prévu. J’ai eu ma dose de parents pour quelques temps. J’me dis que le prévenir, c’est la moindre des choses, même si du coup, je le fais pour deux.

Une heure plus tard, je check mon téléphone. Aucune réponse. Tiens, c’est étrange à cet heure-là. J’ai toujours le droit à une connerie de sa part, une remarque cinglante qui est sa manière à lui de me dire qu’il apprécie…. Je lui renvoie un texto. J’vais finir par m’inquiéter. Mais m’inquiéter de quoi ? Qu’il se soit blessé ou qu’il ait ruiné l’appart et qu’il ose pas me le dire ? Je fronce les sourcils en regardant ma boite de réception désespérément vide. Je me remets à lire, mon téléphone vibre enfin. Ah c’est Taz. Est-ce que je compte venir à la répète ce soir ? Oui bien sûr. Ma chère Tata Marguerite aura très envie de me voir ce soir. Mais toujours rien de la part de Jay. Peu à l’aise, j’arrive enfin à mon arrêt et je descends tant bien que mal tout mon barda, en faisant attention au gâteau.

Tout est calme dans le quartier. Je me dis que je m’inquiète encore pour rien et marche d’un bon pas jusqu’à notre loft. En tournant la clef dans la serrure, j’ai un mauvais pressentiment. La porte était en fait déjà ouverte. Je pénètre dans la pièce à vivre et une vilaine odeur m’assaille les narines. Je laisse tomber mes sacs sous le choc –sauf celui qui contient mes livres, celui-là, il glisse en douceur – ma mâchoire inférieure manque de tomber pendant que mes yeux eux manquent de sortir de leurs orbites. Mon regard balaye la pièce principale avec horreur jusqu’à tomber sur Jay dans l’encadrement de sa chambre, à moitié dessapé, comme s’il venait de se réveiller. Ce qui est certainement le cas vu sa tronche. Après avoir retiré une sucette de sa bouche avec un bruit dégoûtant, il m’adresse un grand sourire et m’accueille comme si de rien était. Je sens la colère monter en moi.

Telle une cocotte-minute, je boue intérieurement. Il s’approche et l’odeur de transpiration qu’il dégage me tord le nez. Il me tend une lettre que je saisis machinalement, sans cesser de le regarder. Le mot « impôt » résonne dans ma tête comme une alarme. Il est sérieux là ? Je lève un index en l’air pour lui faire signe d’attendre. J’ouvre la porte d’entrée, je ressors et je referme la porte derrière moi en prenant soin de ne pas la claquer. J’inspire un grand coup. Non. J’ai rêvé. C’est impossible qu’il ait réussi à foutre autant le bordel en un weekend ! Je grimace. Comment j’ai peu dire oui à une coloc’ avec un mec aussi bordélique ! Une inquiétude bien plus immense que le salon m’assaille ! Ma bibliothèque se dessine dans mon esprit et je rentre en trombe pour foncer jusqu’à la pièce en question. J’ouvre tout doucement la porte avec une appréhension complète. Mon cœur bat à toute allure.
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Sujet: Re: It's a beautiful day ♦ Ft Henry la victime    - Ven 15 Juin - 12:05
It's a beautiful day
Henry & Jayden





Le manège d'Henry me laisse perplexe. Je hausse un sourcil en le voyant faire demi tour vers la porte d'entrée.

- Tu repars déjà chez tes parents ? T'as oublié un truc ?

Ma voix s'élève plus fort à mesure qu'il s'éloigne pour tenter de me faire entendre. Mais la porte se referme quand même derrière lui. Je me retrouve comme un con au milieu du salon, à tendre une enveloppe dans le vide. Ce qui me réconforte, c'est que ce taré a vraiment l'air plus timbré que moi pour le coup. Finalement je laisse le papier sur le meuble à côté de mon téléphone. La sucette retourne se coincer entre les dents. Quelque chose a attiré mon attention à travers la fermeture éclaire mal remontée d'un des sacs de mon meilleur ami. Je me penche et récupère la jolie boîte en carton au moment où Henry repasse devant moi en sens inverse. Il a vraiment le feu au cul. Qu'est-ce qui lui arrive bon sang ? Une sexagénaire lui a fait des attouchements sexuels dans le bus ? Je l'ignore et ouvre déjà l'emballage signé Madame Greenstone.  Ça, c'est pour bibi ! Mon estomac jubile déjà tandis que je me redresse en ouvrant le couvercle. Ça tombe foutrement bien. J'ai la dalle.

- Génial ! Ta mère a pensé à moi !

Je fanfaronne en rejoignant machinalement Henry dans sa chambre. Du bout du pied j'ouvre en grand la porte qu'il a laissé à peine assez entrouverte pour se glisser à l'intérieur. Mon ami est là, planté au fond de la pièce dédiée à ses précieux trucs en papier. Ses yeux fous fouillent le moindre recoin de la bibliothèque. Moi, je lance la sucette à peine entamée dans la poubelle de bureau et arrache d'emblée un morceau du gâteau pour l'enfourner dans ma bouche. Un gémissement d'extase m'échappe alors que je lève les yeux au ciel. Sainte Marie merci, enfin de la nourriture comestible !

Mes pieds nus rejoignent Henry. J'essaye de comprendre ce qui l'inquiète à ce point. Parfois je me demande s'il n'a pas quelques troubles paranoïaques. Puis, je me dis que l'abonnement internet coûte déjà assez cher. Une vidéo avec des chatons trop mignons, ça soigne aussi bien qu'un psy.

- J'suis pas entré dans ta chambre de tout le week-end tu sais.

J'essaye de croiser son regard en hochant la tête pour lui prouver ma bonne foi. C'est la stricte vérité. Il m'a tellement pété les couilles avec ses bouquins et l'hygiène de sa piaule qu'il m'a fait penser l'envie d'aller foutre mon nez là-dedans. L'envie dévorante de trouver le journal intime d'Henry – parce que je mettrais ma main au feu qu'il en tient un – s'est fait écraser par la crainte de respirer ses produits ménagers « écovert ». C'est sûrement plein de merdes ces choses-là. Ça baigne entre les murs de sa chambre, et lui, il dort là-dedans. Ça doit lui grignoter la cervelle à petit feu. Et d'ailleurs maintenant que j'y pense, ça doit sûrement venir de là, ses troubles psychotiques. Faudra que je remplace tout ça par de la javelle un de ces quatre.

- Enfin, y'a bien eu cette fille qui est venue vendredi soir. Stephanie je crois. Elle avait vraiment envie de rentrer là-dedans. Je lui ai expliqué que j'avais un coloc assez tordu et qu'elle allait sûrement repartir traumatisé de cette pièce. Figure-toi que ça l'a excitée plus qu'autre chose ! J'ai jamais vu une nympho pareille. Bref, elle a même voulu qu'on s’envoie en l'air sur ton pieux, t'imagine ?

Je mâche distraitement mon bout de gâteau, les yeux perdus dans le vague de mes souvenirs. La présence d'Henry me revient soudain lorsque je le sens se tourner subitement vers moi.

- Mais on n'a rien fait ! Sur ton lit, je veux dire. Elle est pas entrée ici, je te jure, ajouté-je précipitamment avant de le voir faire une syncope entre les étagères. T'en veux ?

Mon bras tend la boîte du gâteau vers lui. Mes doigts libres se calquent alors contre mes lèvres lorsqu'un gros postillon de nourriture jaillit de ma bouche et disparaît quelque part entre nous. Ah. Mince alors.  



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Sujet: Re: It's a beautiful day ♦ Ft Henry la victime    - Lun 25 Juin - 19:09
It's a beautiful day
ft  Jay


Est-ce que j’ai oublié un truc ? Non mais vraiment ? Il me tue.  Il me tue. Il est incapable de connecter deux neurones celui-là et de faire le lien entre ma réaction et le désastre ambiant. Je ne sais pas si je dois rire ou pleurer. J’suis à bout alors que je viens seulement de revenir. Faut dire que j’étais pas tout à fait tranquille chez les parents. A croire que les mauvais pressentiments c’est mon truc. C’est pas difficile avec lui, ça fait partie du quotidien. Papa dit que ça forge le caractère… J’ose espérer qu’il a raison. J’ai jamais compris comment mes parents, aussi stricts avec moi, aussi carrés, puissent adorer un gusse comme Jayden. Quand j’ai dit que je m’installais en coloc’ avec lui, c’est limite s’ils m’ont pas donné l’impression que c’était leur idée ! Il a le don de se faire aimer de tous malgré son caractère et son attitude souvent limite. Il a un don. Je ne sais pas d’où il le sort mais bon sang… Le plus con c’est quand même moi. Je vis avec.

Le temps de rallier ma chambre, mes pieds réussissent à butter au moins une dizaine fois dans des trucs qui trainent parterre. J’essaie même pas d’identifier ce que c’est. Je serais capable de me rompre le cou en m’y intéressant de plus près. J’en ai déjà gros sur la patate et ma seule obsession est celle de savoir si mes précieux trésors vont bien ! J’entends vaguement Jay qui s’extasie derrière moi à propos d’un gâteau. Ah oui, le gâteau, j’avais déjà oublié. Qu’il le mange tout seul, ça, ça ne me dérange pas. J’ai une boule au ventre mais je finis par pénétrer dans la pièce. Dans MA pièce, la seule que j’arrive à lui faire épargner en temps normal, alors je croise les doigts pour que tout soit ok. A priori c’est le cas. Il n’y a pas d’odeur étrange. Tout semble à sa place. Je me dirige vers mon coin lecture, la boule au ventre. Mes yeux parcourent à toute vitesse toutes les étagères. Le classement que j’emploie pour les ranger me permet de voir du premier coup d’œil que tout va bien. Les coussins sont ok aussi.

Je pousse un soupir de soulagement, limite prêt à lui pardonner pour le reste du loft et je me retourne pour voir où il en est. « Oh ! Bon sang, tu m’as filé la trouille ! »  Je sursaute brutalement, la main sur le cœur en me retrouvant nez à nez avec Jay. Je l’ai pas entendu arriver. Il me jure qu’il est pas entré dans ma chambre de tout le weekend. J’ai aucun mal à le croire, il est trop bête pour mentir. Mais mes yeux se posent sur la bombe à retardement qu’il tient en main. Ce gâteau plein de crème est bien trop près de mes précieux livres ! Mes yeux se plissent. Je guette le moment où il va faire une connerie, il va forcément en faire une ! C’est Jay après tout ! J’essaie de lui intimer de sortir d’un mouvement de tête et je rajoute « Sors s’il te plaît. » pour être sûr de faire passer le message. Mais il tient absolument à parler de son weekend, je ne suis même pas certain qu’il ait entendu ce que j’ai dit, il est trop occupé à réfléchir, j’entends même le crissement des rouages d’ici.

Le soupçon laisse place au dégoût suite à son explication. Cette fille a cru quoi, que je tenais un club de sadomasochisme ? La simple idée qu’ils aient pu copuler dans mon lit me donne la nausée. Heureusement pour moi, avant que je n’ai le temps de réagir Jay me confirme qu’il n’en est rien. Un autre soupir de soulagement et un sourire moqueur s’étire sur mes lèvres « Tu devrais peut-être envisager d’installer des trucs chelous dans ta chambre pour les y attirer plus vite. » Mais je regrette de ne pas avoir utilisé l’énergie mise pour parler à le pousser plus vite hors de la pièce. Il me propose à présent du gâteau et un énorme postillon sort de sa bouche. Je suis la trajectoire du dangereux et rapide projectile, impuissant alors qu’il vient s’étaler pile sur ma chaussure avec un horripilant sploutch, éclaboussant au passage mon tapis. Jay. Je fulmine. Je ferme les poings, je ferme les yeux, j’inspire grandement et j’expire une nouvelle fois pour chasser la colère qui remonte en moi. Je ne dois pas perdre mon sang-froid, surtout pas face à cet énergumène.« Jayden. » Mon ton est froid. Je relève les yeux vers lui, énervé. « Sors de ma chambre maintenant. » Je désigne d’un index catégorique la porte qu’il a laissée grande ouverte.

Qu’est-ce qui m’a pris de faire ça ? Une coloc’ avec son meilleur ami ! Une situation rêvée ! Bin voyons. Quand ton meilleur ami ne s’appelle pas Jayden Meyer, oui peut-être ! Et dire que je vais devoir annuler la répétition ce soir… Hors de question que je le laisse encore tout seul ici. Dieu seul sait s’il ne va pas faire exploser le loft en entier ! J’ose même pas checker l’état de l’évier ou de la salle de bain. Oh ce qu’il me fatigue !
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Sujet: Re: It's a beautiful day ♦ Ft Henry la victime    - Ven 13 Juil - 12:03
It's a beautiful day
Henry & Jayden





Henry et moi baissons la tête au même moment pour rester bêtement fixé sur le bout de sa pompe. Je crois que je remporte cette bataille, car mon meilleur ami bouge et parle en premier. Vu sa tronche, on dirait qu'il va éclater d'un moment à l'autre. Comme un ballon de baudruche. Dommage ça. Ça va salir toute sa jolie chambre de frustré fragile. En revanche, Henry m'a appelée par mon prénom. Pas par mon surnom. Il a vraiment les boules on dirait. Sérieux ? Un postillon l'a plus irrité qu'imaginer une chaudière se rouler nue dans son pieux. Il lève son bras vers la sortie et moi je reste plantée là, à le regarder d'un air profondément exaspéré, la bouche encore pleine de crème pâtissière. Je finis par rouler exagérément des yeux.

- On dirait ta mère quand tu fais ça.

Deux jours sans me voir et il me met déjà à la porte ? Quel accueil ! Je finis par récupérer ma fierté d'ami d'enfance blessée et mon gâteau écrasé. Je traîne des pieds pour pas quitter les lieux trop vite, mais je finis par sortir comme môsieur Henry l'a exigé. À vrai dire j'ai pas tellement envie d'insister, même si rester résolument avachi dans un fauteuil de sa chambre pourrait être assez divertissant. Ça le rendrait complètement fou. C'est marrant quand Henry devient fou. Le truc c'est que je suis encore dans le gaz et que ses piaillements de vierge effarouchée vont vite me scier les oreilles.

Alors la porte claque derrière moi. Je reste un instant figé sur place, mâchant d'un air morne ma dernière bouchée tout en balayant l'espace de vie des yeux. Je finis par hausser les épaules. Tant pis, je vais aller prendre une douche.


**


Je viens coller ma tempe contre le battant de la chambre interdite. Mes yeux se plissent comme pour accentuer ma concentration. Je tends l'oreille. Mais rien. Je n'entends rien de ce qu'il se passe de l'autre côté de la porte. Voilà maintenant un quart d'heure que mon colocataire est enfermé là-dedans. Je l'imagine sans peine caresser la couverture de ses livres comme un détraqué sexuel, pour s'assurer qu'ils sont bien en un seul morceau. Agacé, je viens gratter le bois avec le bout de mes doigts pour manifester ma présence.

- Henry ? Tu pleures toujours ?

Je gonfle les joues et lâche un soupir silencieux en attendant sa réponse. La patience est loin d'être l'une de mes principales vertus. J'essaye un nouvel angle d'attaque :

- On a reçu ton nouveau jeu vidéo, au fait. Il est sur la table du salon. Ça passera jamais sous ta porte. Faudra bien que tu sortes de là un jour si t'as envie de le récupérer.

J'ai comme l'impression d'entendre un peu de mouvement de l'autre côté. Enhardi, je me redresse et presse un peu plus mon oreille contre le bois. S'il est en train de cacher son journal intime avant de venir ouvrir, il faut absolument que je décèle son emplacement au bruit de ses pas !  



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Sujet: Re: It's a beautiful day ♦ Ft Henry la victime    - Jeu 2 Aoû - 10:58
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« Et alors ? T’as un problème avec ma mère ? Elle te fait des gâteaux je te rappelle, alors boucle-la ! » Je claque la porte derrière lui. Je soupire, le front contre le bois. Il m’énerve. Mais je m’énerve encore plus tout seul. A la base, je n’aurais juste jamais dû accepter cette cohabitation. C’est un combat de tous les jours ! Pourtant, je dois reconnaître que… sans lui, bah, je pense que ma vie ne serait pas aussi animée. Mais il peut toujours courir pour que je prononce ça à voix haute ! Je soupire encore et ma colère retombe pour n’être plus que lassitude. Je sors mon téléphone de ma poche et tapote un sms à l’adresse de Taz. |Désolé, Jay a encore frappé et c’est le boxon ici. Je ne pourrais pas venir ce soir.| La réponse ne tarde pas à me revenir. |T’abuses mec. T’as qu’à le laisser se démerder. On joue au Johnny’s dans pas longtemps jte rappelle !| Je réponds encore. |Je peux pas, je serais pas dedans toute façon. Tu peux chanter à ma place Taz, tu te débrouilles très bien. ;)| Je souris en repensant à cette fois où il avait enfin osé chanter devant nous. Il est timide, encore plus que moi. Mais un jour j’arriverai à le faire chanter autant que moi j’en suis sûr. Il me répond encore. Je sais que j’ai touché la corde sensible. |Ok….la prochaine fois tu bosses plus que nous autres réunis et tu payes à boire !| Je pianote une dernière fois. |Vendu !|

Un regard à la tâche sur mon tapis me rappelle à l’ordre. Je sors le paquet de lingettes désinfectantes de mon tiroir et enlève ce que j’ai sur le pied pour éviter d’en mettre partout. Une fois ma chaussure propre, je m’attaque au tapis. Il va falloir que j’aille préparer une mixture adaptée et pour ça, va falloir que je sorte de ma chambre pour aller jusqu’à la cuisine. Je suis pas encore prêt à le recroiser. Je risque de m’énerver de nouveau. Je tends l’oreille contre ma porte. Jay ne fait plus aucun bruit et je jurerai entendre le bruit de la douche. Je sors discrètement et me dirige vers la cuisine, manquant de m’étaler plusieurs fois, encore. Je grogne. Arrivé à la cuisine je blêmis. L’état de la vaisselle dans l’évier me donne des sueurs froides. La poêle est bonne à jeter. Mais comment fait-il ? Comment ?! Je prends sur moi pour ne rien ranger et j’ouvre le placard qui contient le bicarbonate de soude, le vinaigre blanc et un linge avant de repartir dans le sens inverse, en évitant les mines cette fois.

Je referme la porte de ma chambre et une fois de plus, j’inspire et j’expire. Je ne dois pas m’énerver, pas encore, il n’attend que ça, ça l’amuse. Mon tapis m’attends. Je m’agenouille pour le recouvrir de bicarbonate et je l’asperge de vinaigre. J’aime bien observer ce mélange réagir. Ça fait de la mousse, ça crépite. Je suis hypnotisé. Des grattements résonnent à ma porte et me font sursauter. Jay, évidemment. Je lève les yeux au ciel quand j’entends ce qu’il dit et je marmonne pour moi-même : « Dans tes rêves… je ne verserai pas de larmes pour toi. » Il continue de parler. Jeu vidéo ? J’avais commandé ça moi ? Ah ouiiii… en effet ça ne passera pas sous la porte. Je soupire. J’essuie la mousse sur mon tapis et constate avec soulagement qu’il ne reste plus aucune trace. Je me redresse ensuite, mes ingrédients magiques dans les mains et je me dirige vers la porte que j’ouvre avec un air blasé.

« Ouais, j’veux le récupérer ouais. Mais j’vais ranger ça si tu le permets. » Parce que je remets les affaires à leur place moi. Je passe à côté de lui pour aller ranger soigneusement ce que j’ai pris tout à l’heure. Je soupire encore à la vue de la cuisine. Je ferme les yeux un instant afin de retrouver mon calme puis je reviens vers Jay, les poings sur les hanches avec une nouvelle idée en tête, ma répèt’ n’est peut-être pas fichue. « J’espère que t’es prêt à faire le ménage le restant de ta soirée. Je dois aller voir Tata Marguerite ce soir, si je suis pas libre à dix-neuf heures, je vais devoir lui expliquer et elle voudra absolument que je t’invite la prochaine fois. » Je le fixe avec un léger sourire en coin. Je sais qu’invoquer la Tata qui pue le chat constitue une menace sérieuse pour le motiver.

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Sujet: Re: It's a beautiful day ♦ Ft Henry la victime    - Sam 8 Sep - 16:36
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La porte s'ouvre. Je me redresse de toute ma hauteur, droit comme un piquet, avant que la gravité ne m'aspire et ne m'entraîne aux pieds d'Henry. Pas vu. Pas pris. Mon meilleur ami marmonne quelque chose sans même m'adresser un regard, passant devant moi comme une âme égarée traînant sa pierre tombale. Loin de m'en formaliser, je le laisse poursuivre sa route en direction de la cuisine et penche mon buste dans sa chambre, juste pour vérifier. Aucune trace du journal intime. Dommage.

Henry semble enfin avoir retrouvé l'usage de la parole. Son discours m'atteint à peine alors que je le rejoins dans la pièce principale en m'étirant paresseusement. Je finis par soupirer lourdement, tandis que lui continue de me faire son regard de daronne frustrée avec ses poings sur les hanches. Ouais, on dirait vraiment sa mère … Pendant un bref instant j'essaye d'imaginer mon colloc' avec un tablier vert pomme labellisé Greenstone, des bijoux artisanaux, et un agréable parfum de printemps. J'adore la mère d'Henry. Principalement parce que - elle aussi - elle m'adore et parce qu'elle fait des gâteaux particulièrement divins.

- De quel ménage tu parles ? C'est bon, j'ai jeté les cartons de pizza et les canettes de Coca.

Je chasse ses propos d'un geste de la main, déjà lassé de ses remontrances qui à mon sens n'ont pas lui d'être. Malgré tout l'idée de revoir tante Marguerite me glace le sang. Un frisson de dégoût remonte le long de ma colonne vertébrale lorsque je me remémore à nouveau le rouge-à-lèvre aubergine de cette vieille en manque d'affection, de sa horde de chats complètement effrayante et de l'odeur de pisse moisie empestant aux quatre coins de sa baraque. Après ma première et dernière visite, j'ai passé un long moment à retirer les marques de baisers gravés sur mes joues. Mais ce n'est rien – ô non rien – comparé au temps passé sous la douche pour faire partir l'odeur qui me collait à la peau. J'ai reniflé le vieux pendant plusieurs jours ! Je ne comprends pas pourquoi Henry continue d'aller voir la vioque. Alors oui, c'est un type trop maltraité par la société et par le karma en général pour se permettre de ne pas être altruiste, mais il y a des limites. A un moment il faut se respecter Henry, bordel ! La maison de retraite ça coûte cher, mais nom de dieu, ça rend service à bien du monde.

- Tu peux toujours lui dire que je suis allergique aux chats et que j'ai développé une fulgurante poussée de postules après notre visite chez elle. Précise bien que je suis défiguré et que mon visage est bien dégueulasse. Ça lui passera déjà l'envie de m'embrasser comme si j'étais l'une de ses bestioles pleines de puces.

Mes pieds rejoignent le canapé, dans lequel je me laisse tomber sans la moindre grâce. Je réfléchis un moment avant d'ajouter :

- A moins qu'on dise que ce soit à cause de la nourriture. Ouais. Souligne bien que je compte lui faire un procès pour avoir gâché ma vie avec ses gâteaux périmés depuis 1996.

Je hoche la tête, satisfait. Pourtant le vrai fond du problème me revient subitement en tête. J'attrape un coussin et le balance sur mon colocataire.

- Mais tu fais chier, mec. Déjà que tu te casses tout le week-end. Maintenant tu comptes aussi t'en aller ce soir.

Non mais vraiment. Tu parles d'un ami.  



©️ Gasmask

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It's a beautiful day ♦ Ft Henry la victime

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